Glaucome : un fléau silencieux qui menace la vue - Esseha

Glaucome : un fléau silencieux qui menace la vue - Esseha

09 Mars 2025

Entretien esseha.dz de Pr Jalal Aberkane 

Le glaucome est une maladie oculaire chronique qui représente l’une des principales causes de cécité irréversible dans le monde. Sa progression silencieuse rend son dépistage précoce particulièrement difficile, ce qui complique la prise en charge des patients. Pourtant, un diagnostic à temps et un traitement adapté permettent de ralentir, voire de stopper, son évolution. Dans le cadre de la Semaine mondiale du glaucome, qui se tiendra du 9 au 15 mars 2025, le journal Esseha s’est entretenu avec le Pr Jalal Aberkane, ophtalmologue et président de la Société algérienne du glaucome, afin d’éclairer nos lecteurs sur cette maladie et d’insister sur l’importance d’un suivi médical régulier.

Le glaucome est souvent qualifié de “voleur silencieux de la vue”. Pourquoi est-il si difficile à détecter à un stade précoce ? 

Pr Jalal Aberkane : Le glaucome est une maladie sournoise qui évolue sans symptômes évidents durant les premiers stades. Il ne provoque ni douleur ni inconfort immédiat, ce qui empêche le patient de s’en rendre compte. La perte de vision commence généralement par la périphérie, une atteinte qui passe inaperçue puisque le cerveau compense progressivement cette déficience. C’est seulement lorsque la maladie atteint la vision centrale que les premiers signes deviennent perceptibles, mais à ce stade, les lésions du nerf optique sont souvent irréversibles. C’est pour cette raison que le glaucome est souvent diagnostiqué tardivement, d’où l’importance d’un dépistage systématique, même en l’absence de symptômes apparents. 

Quels sont les principaux facteurs de risque du glaucome et quelles populations sont les plus concernées ? 

Pr Jalal Aberkane : Certains facteurs augmentent considérablement la probabilité de développer un glaucome. L’âge joue un rôle déterminant, avec un risque accru après 40 ans et une incidence qui s’intensifie après 60 ans. Les antécédents familiaux sont également un élément majeur, puisque la composante génétique de la maladie est bien établie ; une personne ayant un parent proche atteint est plus susceptible de développer elle-même un glaucome. Par ailleurs, une pression intraoculaire élevée constitue le facteur de risque principal, bien que certains patients puissent développer la maladie même avec une pression dite “normale”. L’origine ethnique influence aussi la prédisposition au glaucome, notamment chez les populations d’Afrique subsaharienne et d’Asie, où certaines formes sont plus fréquentes et plus agressives. Enfin, des pathologies comme le diabète, l’hypertension ou des troubles de la circulation sanguine peuvent aggraver le risque, de même qu’une forte myopie ou une hypermétropie marquée. 

Quels sont les examens essentiels pour un dépistage efficace et à quelle fréquence faut-il les réaliser ? 

Pr Jalal Aberkane : Le dépistage repose sur plusieurs examens ophtalmologiques permettant d’évaluer l’état du nerf optique et la pression intraoculaire. La tonométrie, qui mesure la pression à l’intérieur de l’œil, est essentielle, tout comme l’examen du fond d’œil et l’OCT, qui permettent de détecter d’éventuels dommages du nerf optique. Une analyse du champ visuel est également indispensable pour évaluer l’étendue de la perte de vision. La pachymétrie, qui mesure l’épaisseur de la cornée, ainsi que la gonioscopie, qui examine l’angle de drainage de l’œil, sont également des outils précieux dans le diagnostic du glaucome. En l’absence de facteurs de risque, il est recommandé de réaliser un dépistage tous les deux à trois ans après 40 ans, puis tous les un à deux ans après 60 ans. Pour les personnes présentant un risque élevé, des contrôles plus fréquents sont nécessaires dès l’âge de 40 ans. Lorsqu’un glaucome est diagnostiqué, un suivi rapproché est indispensable, avec des consultations régulières de 3 à 12 mois, la fréquence étant adaptée à la gravité de la maladie. 

Une fois diagnostiqué, quelles sont les options de traitement disponibles et leur efficacité ? 

Pr Jalal Aberkane : Bien qu’il n’existe aucun traitement permettant de guérir le glaucome, plusieurs options thérapeutiques permettent de ralentir son évolution et de préserver la vision. La prise en charge repose principalement sur des collyres hypotonisants qui réduisent la pression intraoculaire. Ces traitements doivent être administrés quotidiennement et avec rigueur pour être efficaces. Lorsque les collyres ne suffisent pas ou que la maladie progresse malgré leur utilisation, des traitements par laser, tels que la trabéculoplastie sélective ou la cyclophotocoagulation, peuvent être envisagés. Ces interventions permettent d’améliorer l’évacuation de l’humeur aqueuse et de réduire la pression à l’intérieur de l’œil. Dans les cas les plus avancés, une intervention chirurgicale peut s’avérer nécessaire, notamment lorsque les autres traitements ne parviennent plus à stabiliser la maladie. Toutefois, quel que soit le traitement choisi, le respect strict du suivi médical reste primordial pour éviter toute aggravation.

En matière de prévention, quelles recommandations donneriez-vous aux patients pour limiter les risques ? 

Pr Jalal Aberkane : La prévention repose essentiellement sur le dépistage précoce, en particulier pour les personnes à risque. Dès l’âge de 40 ans, un contrôle ophtalmologique est recommandé afin de détecter toute anomalie avant l’apparition de symptômes. Lorsqu’un glaucome est diagnostiqué, il est impératif de suivre un traitement à vie, car il s’agit d’une maladie chronique qui ne doit en aucun cas être négligée. Adopter un mode de vie sain peut également contribuer à limiter les risques. Une alimentation équilibrée, riche en antioxydants, ainsi qu’une activité physique régulière favorisent une bonne circulation sanguine, ce qui est bénéfique pour le nerf optique. Il est aussi important d’éviter l’automédication, notamment avec des corticoïdes en usage prolongé, qui peuvent augmenter la pression intraoculaire. La protection des yeux contre les traumatismes et l’exposition excessive à la lumière bleue peut aussi jouer un rôle dans la préservation de la santé oculaire.

Quelle est la situation du glaucome en Algérie ? 

Pr Jalal Aberkane : En Algérie, le glaucome représente un réel problème de santé publique. Selon une enquête nationale menée en 2008, la prévalence du glaucome chez les plus de 40 ans était estimée à 4,6 %, un chiffre qui pourrait être sous-évalué en raison du manque de dépistage systématique. Certaines études régionales, notamment dans le sud du pays, ont révélé des taux de prévalence deux fois plus élevés, ce qui souligne l’importance de renforcer la sensibilisation et l’accès aux soins spécialisés. Malheureusement, de nombreux patients sont diagnostiqués à un stade avancé, souvent en raison d’un manque d’information ou de l’absence de suivi régulier. Il est donc crucial de développer des campagnes de sensibilisation et d’encourager les consultations préventives afin de réduire les conséquences de cette maladie sur la population.

Entretien réalisé par Amina Azoune

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