Entretien réalisé par Amina Azoune pour esseha.dz
Le glaucome est une maladie insidieuse qui progresse sans symptômes apparents à ses débuts, causant ainsi des dommages irréversibles au nerf optique. Si elle n’est pas dépistée et prise en charge à temps, elle peut entraîner une perte de vision progressive, voire la cécité. En Algérie, comme ailleurs, le glaucome représente un véritable défi de santé publique, nécessitant un dépistage précoce et une prise en charge adaptée.
Le Pr Rachid Garout, professeur en ophtalmologie et expert en glaucome, nous éclaire sur les enjeux du diagnostic, les facteurs de risque et les défis thérapeutiques liés à cette pathologie.
Esseha : Comment différencier le glaucome des autres pathologies oculaires pouvant entraîner une baisse de la vision, comme la cataracte ou la dégénérescence maculaire ?
Pr Rachid Garout : Le glaucome chronique à angle ouvert (GPAO) se caractérise, du moins à son début, par l’absence de symptômes : pas de douleur, de larmoiement ni de baisse de vision. C’est pourquoi 50 % des cas échappent au dépistage.
À un stade plus avancé, des signes cliniques apparaissent, tels qu’une sensation de lourdeur oculaire, des douleurs oculaires, des céphalées et des gênes visuelles d’intensité variable, pouvant aller jusqu’à une amputation nette du champ visuel et l’apparition de scotomes.
L’examen ophtalmologique met en évidence plusieurs critères caractéristiques : une hypertonie oculaire, un angle iridocornéen ouvert, une excavation papillaire (atteinte du nerf optique) et des altérations du champ visuel détectées notamment par l’OCT (tomographie en cohérence optique).
Esseha : Le glaucome peut-il être aggravé par certains modes de vie, comme l’usage prolongé des écrans ou certaines pratiques sportives ?
Pr Rachid Garout : Le glaucome ne semble pas être directement influencé par ces facteurs. Toutefois, l’usage prolongé des écrans peut entraîner une fatigue visuelle, des céphalées, un larmoiement et une sécheresse oculaire, qui peuvent nuire à l’observance du traitement.
En revanche, le tabagisme constitue un facteur aggravant du glaucome en raison de l’hypoxie qu’il provoque, affectant la vascularisation du nerf optique et accélérant l’évolution de la maladie.
Esseha : Quels sont les liens entre le glaucome et d’autres maladies systémiques, comme le diabète ou l’hypertension ?
Pr Rachid Garout : L’hypertension artérielle et le diabète peuvent influer sur l’évolution du glaucome, bien qu’aucune preuve scientifique formelle n’ait été établie. Cependant, les études cliniques ont montré que l’hypotension artérielle représente un facteur de risque de progression du glaucome, car elle réduit la vascularisation du nerf optique.
Esseha : Y a-t-il des disparités régionales ou socio-économiques dans l’accès au diagnostic et aux traitements du glaucome ?
Pr Rachid Garout : Oui, on observe des variations régionales, notamment une fréquence plus élevée du glaucome chez les sujets à peau pigmentée, comme dans le sud de l’Algérie, ainsi que dans certaines communautés où le mariage consanguin est répandu.
Sur le plan socio-économique, l’accès aux soins est un facteur déterminant pour le dépistage précoce, d’autant plus que le glaucome est une maladie silencieuse à ses débuts. Malheureusement, en l’absence de prise en charge, le handicap visuel progresse jusqu’à la cécité, qui demeure irréversible.
Les campagnes de sensibilisation et de dépistage sont donc essentielles. Le recours aux examens ophtalmologiques réguliers, notamment à partir de 40 ans, est indispensable pour détecter précocement la maladie. Les avancées technologiques permettent aujourd’hui un diagnostic plus précis et un suivi efficace grâce aux examens comme le champ visuel automatique et l’OCT, disponibles en Algérie.
Esseha : Quels sont les défis éthiques liés au dépistage génétique du glaucome dans les familles à risque ?
Pr Rachid Garout : L’hérédité est un facteur de risque reconnu, mais la réalisation de tests génétiques systématiques n’est ni nécessaire ni d’actualité. Le glaucome étant fréquent dans la population générale et les outils diagnostiques précoces étant largement disponibles, la meilleure stratégie reste un dépistage ophtalmologique rigoureux.
Grâce aux nouvelles technologies et aux algorithmes développés par les experts du glaucome, il est possible de détecter la maladie très tôt et d’adapter le suivi. Un diagnostic précoce, une prise en charge thérapeutique appropriée et une bonne sensibilisation du patient sont les seuls garants d’un contrôle efficace du glaucome et d’une prévention de la cécité.
Pour conclure, reconnaître le glaucome comme une maladie chronique nécessitant une prise en charge à vie est une étape essentielle pour réduire son impact sur la population. La mise en place de stratégies de dépistage et d’un suivi rigoureux permettrait d’améliorer la qualité de vie des patients et de réduire les cas de cécité évitable en Algérie.
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